Leiko

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 Shuriken

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Raphaël
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MessageSujet: Shuriken   Lun 9 Avr - 2:39

Ma première longue histoire de fantasy.

Au Commencement n'était que le Chaos, tour à tour brûlant et glacial, aveuglant et sombre. L'eau, l'air, la terre et le feu s'y heurtaient, s'y mêlaient, s'y détruisaient sans cesse. Ca et là naissaient de leur lutte sans fin des corps informes qui explosaient, se recréaient, mouraient, renaissaient... L'un d'eux résista aux tourbillons du Chaos. Tel un gigantesque feu, il dégageait une chaleur brûlante et une lumière aveuglante. Ainsi naquit le premier soleil.
D'autres corps se créèrent, se mêlèrent, se détruisirent. Plusieurs se mêlèrent à lui, accrurent l'énergie qui en émanait. A de nombreuses reprises, sa surface flamboyante trembla, rejeta des pluies d'énormes étincelles. Ainsi naquirent les premières étoiles.
Le Chaos reculait toujours plus devant ces astres toujours plus nombreux. Vint le temps où, confinés dans un espace toujours plus réduit, ses quatre éléments se mêlèrent et explosèrent. Un souffle brûlant dispersa les étoiles. Une lueur plus forte que celle du soleil brilla. Peu à peu, elle se dissipa, laissa voir une masse rouge et visqueuse. Une chair, qui palpitait, animée par une vie. Des excroissances bourgeonnèrent, devinrent membres. Une peau enveloppa ce corps. De longs cheveux d'un blond pâle poussèrent. Ainsi naquit Ytzmearna, la Vierge Cosmique.
Elle refusa la solitude qui prétendait être son destin et absorba une partie de l'énergie des astres pour engendrer d'autres êtres. D'innombrables fils et filles naquirent. La beauté et la hideur s'étaient réparties entre eux. Ytzmearna nomma Dieux et Déesses ses enfants parfaits, Démons et Démones ses enfants monstrueux.
La Vierge Cosmique avait, sans le savoir, engendré le Bien et le Mal. Les Dieux souhaitaient agrandir l'Univers, le peupler d'autres formes de vie. Grâce à eux naquirent d'autres soleils, les premières planètes, les premiers végétaux, les premiers animaux. Les Démons ne souhaitaient que mort et destruction, annihilaient les oeuvres de leurs frères et soeurs.
Sous le regard désespéré d'Ytzmearna, ses enfants entamèrent une guerre qui ne devait jamais finir. Elle tenta de les réconcilier, mais jamais ils ne l'écoutèrent. Immortels, dotés de pouvoirs semblables et d'une force identique, ils ne s'infligèrent que la souffrance.
Las de s'entredéchirer en vain, Dieux et Démons décidèrent de créer des êtres à la fois puissants et mortels qui combattraient à leur place : les Titans. Le camp dont l'armée perdrait se soumettrait. Ils créèrent donc ces colosses, qui furent lancés dans une gigantesque bataille. De force égale, ils s'entretuèrent. Il n'y eut ni vainqueurs ni vaincus. Rien d'autre que d'immenses cadavres qui flottaient dans l'espace. Les corps se décomposèrent, libérèrent des humeurs et des gaz qui se mélangèrent. De cette fusion naquit, sous les yeux stupéfaits des Dieux et des Démons, une planète. La Vierge Cosmique prit la parole :
_ Ce monde est né de la mort d'êtres bons et mauvais. Pour cette raison, le Bien et le Mal s'y côtoieront et s'y affronteront en un équilibre sans cesse menacé. Les corps qui ont fait naître ce monde étaient mortels : je lui donne donc le nom de Terre Mortelle. Cette planète est née de votre violence. Elle est le fruit de votre haine. J'ai échoué à instaurer la paix entre vous, mais je refuse que ce monde subisse votre stupide guerre. Je veux qu'il vous rappelle l'immense gâchis de la mort inutile de ces malheureux êtres nés uniquement pour servir votre honteuse querelle. Pour cette raison, je protègerai ce monde. Jusqu'alors, seul mon amour de mère à votre égard m'a retenu de vous détruire. Mais je vous promets que celui d'entre vous qui nuira à la Terre Mortelle, volontairement ou non, sera annihilé.
Pour la première fois depuis longtemps, les Dieux reprirent leur oeuvre. Ils façonnèrent pour ce nouveau monde un soleil et une lune. Ils le peuplèrent de vies. Ainsi naquirent les premiers humains, les premiers elfes, les premiers végétaux...
Les Démons n'osèrent, par crainte de la colère d'Ytzmearna, détruire la Terre Mortelle. Néanmoins, ils créèrent des abominations. Ainsi naquirent les premiers orcs, les premiers trolls...
Une nuée d'étoiles et de planètes appelée l'Amenti vit le jour afin d'accueillir les âmes des corps morts. Les Dieux rassemblèrent plusieurs poignées d'astres qu'ils appelèrent les Champs-Elysées, récompense des serviteurs du Bien. Les Démons, eux, créèrent le Tartare, lieu de souffrance éternelle, châtiment des serviteurs du Mal.

Au Commencement de la Terre Mortelle, les différentes races s'ignoraient, isolées sur leurs continents, divisées en peuples qui guerroyaient sans cesse. Cette époque semblait n'être que violence, sang, désolation, mort. Tel fut le Premier Âge. Au cours du Deuxième Âge, les peuples au sein des différentes races s'unifièrent peu à peu. Ce fut la naissance des empires et des confédérations. Vint un Troisième Âge où Humains, elfes, orcs, peuples amphibies s'entredéchirèrent, effrayés par leurs différences, avides de domination. Au cours du Quatrième Âge,la paix s'installa peu à peu. Les elfes, peuple sage, partagèrent leur science, qui était la plus avancée de la Terre Mortelle.
Ce ne fut qu'au Cinquième Âge qu'on estima la paix enfin durable. Chacun savait à quel point elle était fragile. Chacun savait que les peuples de la Terre Mortelle n'avaient besoin que d'une petite étincelle pour rallumer les feux de la guerre.

Dans ce monde de paix fragile, un jour se leva sur une scène aussi étrange que sinistre.

Dans la craintive lueur mauve de l'aube, la créature hurlait de rage, se tortillait dans l'herbe. Une vaine colère agitait ses muscles puissants. Une fois encore, elle tenta de briser ses chaînes. Le métal ne daignait pas céder.
Ses cris furieux cédèrent la place à des soupirs hargneux.
_ Qui es-tu ? beugla-t-elle, effrayée à la silhouette qui se dressait au-dessus d'elle.
Qu'était cette grande forme efflanquée qui flottait dans une robe grise et sale ? Un ample capuchon masquait le visage d'un voile de ténèbres. Des larges manches dépassaient deux mains d'une maigreur cadavérique parcourues d'énormes veines noirâtres où semblait couler le mal le plus abject. Une voix basse et âpre sembla surgir du visage d'obscurité.
_ Hynaokk...
Le monstre enchaîné sursauta.
Comment cette chose peut-elle connaître mon nom ? pensa-t-il en tremblant de peur dans ses fers.
_ Hynaokk, j'exige ton obéissance.
Hynaokk sentit que cette face de nuit scrutait son âme.
_ Sois mon esclave, Hynaokk.
Le ciel, l'herbe et la silhouette devinrent flous, tournoyèrent en flots mauves, verts et gris tandis que la voix basse résonnait autour de lui et... en lui ? Quel sortilège subissait-il ?
_ Sois mon esclave, Hynaokk !
L'esprit d'Hynaokk tenta de se fermer aux maléfiques vagues de pouvoir qui tentaient d'assujettir sa volonté.
_ Sois mon esclave, Hynaokk ! répétait le visage de ténèbres.
Non ! protestait sa pensée d'une voix de plus en plus pitoyable.
Enfin, il s'abandonna. Il ne ressentit plus la moindre peur. L'ombre était un maître, un ami, un frère. Qu'importait son nom. Seul importait le désir d'obéir.
Hébété, Hynaokk vit la silhouette s'accroupir. Il vit la main décharnée toucher le cadenas qui condamnait ses chaînes.
Clic
_ Libère-toi, Hynaokk.
Il se débarrassa sans peine de ce métal qui l'emprisonnait depuis si longtemps.
Le Maître se redressa.
_ Debout.
Hynaokk se leva.
_ Suis-moi.


Dernière édition par le Mar 10 Avr - 2:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Shuriken   Mer 11 Avr - 23:33

Semyon, capitale du continent de Wulland et de l'Empire Humain, ville aux mille contrastes. Les riches maisons côtoyaient les cahuttes. Les lupanars entouraient les temples à la gloire de la Vierge Universelle Ytzmearna. Les bourgeois repoussaient les mendiants. Les penseurs réfléchissaient à une république inspirée de celle de la Confédération des Territoires Elfiques pendant que les nobles achetaient des esclaves. Au-dessus des toits d'ardoises ou de chaume, des ptérodactyles dressés portaient des aérosses, des quetzals messagers parcouraient la cité.
Sur le port de plaisance, des capitaines hurlaient des ordres à des marins, des esclaves gobelins au pelage roux luisant de sueur amarraient des bateaux, portaient de lourdes caisses, des voyageurs embarquaient et débarquaient, familles et solitaires mêlés. Une jeune femme, un petit sac de cuir tenu dans sa main gantée de blanc, scrutait l'entrée de la rade. Ses yeux en amandes, le brun sombre de sa chevelure coiffée d'un chapeau bleu marine aux bords recourbés et sa peau cuivrée trahissaient sa provenance de l'archipel de Jerwell. Une longue robe étroite et stricte semblait emprisonner son corps.
D'un pas décidé, elle fendit la foule et se dirigea vers l'aérosse qui venait de se poser, accompagnée du claquement de ses souliers sur les pavés. Il arborait un blason rouge de gueule orné de deux rapières d'argent. L'écusson des mousquetaires de l'Empereur Demetrios IV. Quatre hommes descendirent, revêtus d'uniformes pourpres, de bottes et gants noirs, armés de pistolets et de rapières rangées dans un large ceinturon. L'un d'eux portait, en plus de l'insigne, un galon doré.
_ Etes-vous mademoiselle Suniko Wong-Haï ? demanda-t-il à la jeune jerwellaise.
Elle acquiesça d'un hochement de tête et sortit de son sac un parchemin enroulé, fermé par un cachet de cire noir en forme d'étoile aux branches recourbées. L'officier y jeta un bref coup d'oeil et reconnut le sceau du Dojo de la Shuriken d'Opale.
_ Je suis le capitaine Jehan de Brécours et j'ai reçu l'ordre de Sa Majesté l'Empereur Demetrios IV de vous escorter jusqu'au palais.
Un mousquetaire voulut débarrasser Suniko de son sac.
_ Merci. Je préfère le garder.
_ Comme vous voudrez.
Un autre eux entra dans le véhicule et prit les mains de la jeune femme afin de l'aider à monter. Elle s'installa sur la confortable banquette de cuir.
Ils furent rejoints par l'escorte. De Brécours ferma la porte et frappa trois fois le cadre de bois. Aussitôt, l'aérosse s'envola. Par la vitre, Suniko vit
les taudis du Bas-Quartier ?
_ Dites-moi, capitaine de Brécours, il me semble que nous ne prenons pas le chemin du palais impérial.
Suniko connaissait suffisamment Semyon pour savoir que la route la plus courte était un paysage bien plus agréable : l'avenue de la Reine Louina, qui joignait le port au palais.
_ Ce n'est pas au palais que nous allons, ma jolie...
Cette familiarité seyait davantage à un malandrin qu'à un mousquetaire. Suniko eut la confirmation de ses doutes lorsque le faux capitaine dégaina son pistolet, le braqua sur elle et arma le chien. A cette distance, peu importait l'aptitude au tir de l'imposteur : il ne pouvait pas la rater. D'autre part, elle serait sûrement emmenée à celui qui avait commandité cet enlèvement. Elle laissa donc les sbires charger ses poignets et ses chevilles de fers.
_ Mes félicitations pour ce traquenard, dit-elle en accentuant son calme par un large sourire.
Jehan de Brécours -était-ce son vrai nom ?- trembla d'une froide colère devant tant d'insolence.
_ Vous avez bien joué vos rôles. Vos uniformes sont parfaits et...
_ Silence !
Jehan plaqua le canon de son pistolet sur le genou de la jerwellaise. Il était évident qu'il avait ordre de l'amener à son chef vivante. Vivante et en bonne santé n'étaient pas forcément synonymes...
Qui pouvait avoir commandité son enlèvement ? Quel sort l'attendait ?
Elle vit une ruelle crasseuse du Bas Quartier se rapprocher alors que l'aérosse atterrissait. Dans quelques instants, elle en saurait plus.
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MessageSujet: Re: Shuriken   Lun 16 Avr - 0:09

Une bande de ciel bleu étouffait entre les deux rangées de tours noires de saleté, tentait vainement de se refléter dans les carreaux qui subsistaient sur les fenêtres éventrées. Aux pieds des misérables édifices, des malandrins, accroupis ou allongés sur les trottoirs et les pavés, se vautraient dans cette ombre répugnante. Des bouteilles poussiéreuses passaient de main poisseuse en main poisseuse, des estomacs rotaient.
Alors que l'aérosse desecndait, l'un de ces hommes se leva sans hâte et frappa trois coups à une porte.
_ Ils arrivent, Harkz.
Un grognement lui répondit.

Les ptérodactyles posèrent l'aérosse sur les pavés et cessèrent d'agiter leurs ailes. La portière s'ouvrit.
Shawn, l'homme qui avait usurpé l'identité du capitaine Jehan de Brécours, descendit, suivie d'une superbe jerwellaise et de ses sbires.
Harkz sortit de l'ignoble maison. Son long corps musclé ne portait rien d'autre qu'un pan d'étoffe enroulé autour des hanches. Ca et là sur sa peau grisâtre poussaient d'énormes verrues.
Un large sourire fendit son visage hideux à la vue de la fille, révéla deux rangées de crocs jaunes. Ses yeux jaunes et lubriques la parcoururent en une caresse moite. Il s'avança lentement vers elle. Ses gigantesques pieds palmés martelaient les pavés.

Suniko laissa le troll s'approcher. Il devait être le chef de cette bande : ces créatures ne toléraient les humains qu'à condition de les commander ou de leur infliger la souffrance ou d'être grassement payées par eux pour une basse besogne. Quel intérêt avait-il à l'empêcher de recevoir les ordres de l'Empereur ? Ce traquenard, si parfaitement monté, était bel et bien en rapport avec sa mission. Le faux capitaine de Brécours n'avait-il pas vu la convocation scellée ? Ne l'avait-il pas nommée ?
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MessageSujet: Re: Shuriken   Jeu 17 Mai - 23:26

_ Attends ! Je te propose un marché...
Le monstre éclata d'un rire grinçant, sa bouche retroussée découvrit le jaune puant de ses crocs.
_ Pauvre amie ! Le seul marché que tu puisses espérer est celui où tu seras vendue dans quelques jours !
Ses sbires humains éclatèrent d'un rire gras, se gratifièrent de claques amicales dans le dos.
_ Ecoute tout de même ma proposition. Libère-moi, dis-moi qui a monté ce traquenard -avec un exceptionnel talent, je le reconnais- et nous nous quittons bons amis. Mais si tu me laisses ces entraves, je te promets les pires souffrances.
_ Tu n'es qu'une idiote ! ricana le troll. C'est toi qui souffriras quelques jours, le temps de devenir une esclave docile ! Sais-tu que les jerwellaises sont très appréciées pour leur beauté et la douceur de leur peau ?
_ Et par toutes les races ! précisa de Brécours.
Suniko laissa la horde rire de plus belle.
_ Fort bien. Vous ne me laissez guère le choix.
Sans lâcher son sac, Suniko joignit ses mains. Ses bras décrivirent des mouvements de balancier. Sa chaîne fouetta les visages des faux mousquetaires. Alors qu'elle bondit sur le toit de l'aérosse et assomma le cocher médusé d'un coup de coude, les quatre hommes beuglèrent de douleur, l'oeil crevé, le nez brisé, la bouche déchirée. Les deux ptérodactyles, effrayés par des gestes aussi vifs, s'envolèrent en poussant des coassements de terreurs.

Harkz vit la fille emprisonner ses pouces dans ses poings. L'instant d'après, l'entrave tomba, glissa sur ses mains étrangement disloquées, libéra ses poignets. De nouveau, elle saisit ses pouces et les remit en place.
_ Capturez-la ! hurla-t-il.

_ Le maître la veut vivante !
Ne pouvais-tu donc pas dire son nom ? se plaignit en elle-même Suniko.
Alors que les faux mendiants se ruaient autour de l'aérosse, elle ouvrit son sac, y plongea sa main et en sortit une shuriken, qu'elle lança. L'étoile métallique se plongea entre les yeux d'un malandrin, qui mourut.
Alors qu'une arme fonçait vers sa cible, quatre autres étaient lancées par la main rapide de Suniko. Bientôt, ce fut une pluie de métal qui s'abattit sur la bande.

Harkz vit ses sbires tomber morts, atteints à la gorge, au front ou au coeur. Puis il vit la jerwellaise s'assoir, déboîter ses pieds, y glisser sa dernière entrave et les remettre en place. D'un bond, elle fut debout. D'un autre, elle revint sur les pavés jonchés de cadavres.
Il serra les poings, prêt à l'écraser, armé de sa seule force.
_ Je te laisse encore une chance : dis-moi qui a commandité mon enlèvement et je te laisse la vie sauve.
Alors qu'elle s'avançait vers lui, Will, le cocher, qui reprenait péniblement ses esprits, se relevait silencieusement. Il fouilla sa redingote salie par sa chute et en sortit une dague. L'attaque dans le dos était sa spécialité. Peu lui importait comment cette fille avait pu se libérer de ses entraves, ni si tous ces morts étaient son oeuvre. Dans quelques instants, cette dague, plantée dans sa nuque, l'expédierait dans l'Amenti.
Harkz savait qu'il devait arrêter le geste de son sbire. Mais qu'espérait donc le Maître ? Capturer cette fille vivante était impossible. Il avait parlé d'une ninja, pas d'un démon !
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MessageSujet: Re: Shuriken   Lun 4 Juin - 0:31

Où que le regard à la fois stupéfait et effrayé d'Hynaokk se pose, les pierres du château du Maître palpitaient, comme autant de poitrines qui respiraient. Les portes s'ouvraient d'elles-mêmes devant l'ombre, puis se refermaient. Elles semblaient dotées d'une vie propre et soumise à cet
homme ?

Vint enfin la cour de cet étrange château, là où le dragon noir avait atterri deux jours auparavant. Il avait déposé cette ombre aux veines noirâtres et ce monstre évadé et assujetti.
Pendant ces deux jours, Hynaokk avait joui d'une vaste chambre, de nourriture abondante, de bains à volonté et d'humaines ensorcelées soumises à ses plus voluptueux caprices. Des spectres de fumée le servaient, le lavaient. Et sous ses yeux, ces étranges pierres respiraient, exhalaient sur lui une sourde angoisse.
Puis, ce matin, sa porte s'était ouverte et avait laissé passer le Maître.
_ Suis-moi, Hyanokk. Le moment est venu pour toi de me montrer ta valeur.
Il avait suivi cette ombre à travers les couloirs, les escaliers. Ces portes vivantes s'étaient ouvertes sur leur passage jusqu'à cette cour où semblaient attendre de massives silhouettes de terre.
_ Il te faudra les détruire, Hynaokk. En es-tu capable ?
Le monstre éclata de rire.
_ Mais bien entendu, Maître !
L'
homme ?
leva son visage de ténèbres vers le ciel et souffla une multitude de nuages de fumée qui s'envolèrent vers les statues de terre, les touchèrent. Elles furent parcourues d'éclairs, puis s'animèrent.
Des golems. Hynaokk avait été délivré de cette prison pour être jeté en pâture à une horde de golems.
_ Il te faut les vaincre, Hynaokk.
Les créatures s'avançaient lentement vers lui.
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MessageSujet: Re: Shuriken   Lun 18 Juin - 1:15

Le couteau était levé, sa lame dardée vers le dos de la jerwellaise. Will suivit sans bruit cette fille au pas trop décidé. Les muscles de son bras, bandés, se détendirent, plus vifs qu'un serpent. Le métal plongea vers la robe.

Au moment où elle entendit la lame siffler dans l'air, Suniko, d'un bond sur le côté, se retourna et envoya un poing rapide sous le nez du cocher. L'os monta, s'enfonça dans le cerveau. Avant de mourir, il trembla brièvement, crispa les mâchoires et lâcha sa dague. Puis il s'effondra. Sa blessure au cerveau l'avait privé du contrôle de sa vessie et de ses intestins, et une puanteur grasse de déjections accompagna sa chute.
Comment cet imbécile avait-il pu se croire capable d'attaquer une ninja par surprise ? Elle l'avait entendu dès ses premiers pas, qu'il avait voulus silencieux.

Harkz serra ses poings lorsque la fille se tourna vers lui et s'avança.
_ Mon pauvre ami ! Tu aurais dû saisir ta chance ! A présent, il va falloir que je t'extorque le nom de ton chef !
Encore quelques pas vifs et pourtant trop longs, encore quelques lourdes secondes de tensions dans les muscles. Sa démarche rapide et décidée avait la lenteur des cauchemars. Harkz tremblait, comme si sa chair vibrait d'une force grandissante. Son coeur battait trop vite, trop fort. Enfin, au bout de quelques instants qui semblaient des siècles, l'humaine fut à portée de poing. Il frappa. Les verrues de ses doigts allaient heurter le visage de la fille lorsque elle fléchit ses jambes. La main grisâtre fermée passa au-dessus de la tête brune.

Un pied de Suniko quitta les pavés sales et frappa le genou du troll. Le monstre hurla lorsque son articulation se brisa. Les os jaillirent, déchirèrent la chair. Il tomba sur sa jambe démolie et se hâta de se tourner sur le dos afin d'atténuer sa douleur. Son jarret lui chantait sa souffrance.

Harkz vit la ninja s'éloigner vers le cadavre de Shawn. Elle sortit la rapière du fourreau. L'arme tournoya dans sa main agile, se mua en un éblouissant tourbillon de métal, puis revint à sa froide immobilité.
_ Stupide troll, qui t'a commandité ce piège ?
Il ne répondit pas. Espérait-elle qu'il parle en étant menacé de mort ? Etait-elle assez sotte pour tuer sa source d'information ?
Elle s'approcha de lui.
_ Ton silence m'est pénible, soupira-t-elle.
A nouveau, la lame tournoya, de plus en plus vite. Elle dessina dans l'air d'étranges motifs de métal. Puis se planta dans le genou sain de Harkz, le cloua aux pavés.
Il hurla de douleur.
_ Je veux ce nom, misérable.
Il essuya les larmes de souffrance qui voilaient ses yeux et la vit s'éloigner vers un autre cadavre de faux mousquetaire, qu'elle délesta de sa rapière. Puis elle revint.
_ Ne me dis pas que souffrir t'amuse ! Est-ce donc si difficile de me donner ce nom ?
_ Je ne dirai rien !
La rapière tournoya et cloua une épaule.
_ Imbécile ! siffla l'humaine, sa voix à peine couverte par les cris et halètements rauques de souffrance de Harkz. Nous perdons tous les deux notre temps ! Cesse ce jeu ridicule ! Je te promets de te laisser en paix, et même de te soigner, si tu me donnes le nom de ton commanditaire !
Elle s'accroupit et se pencha sur le visage, les traits déformés par la colère.
_ Quel est ce nom ?
Le troll savait que son supplice n'aurait d'autre fin qu'une mort atroce ou sa reddition. Les ninjas étaient entraînés à infliger les pires tortures. Ils connaissaient les points sensibles du corps de n'importe quelle créature.
_ Il se nomme...

Suniko entendit alors le monstre hurler. D'épaisses fumées et une puanteur de pourriture s'échappèrent de la peau grisâtre. La chair fondait à vue d'oeil.
Un verrou psychique ! reconnut-elle pendant que le troll se putréfiait sous ses yeux.


Dernière édition par le Lun 3 Sep - 23:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Shuriken   Mar 3 Juil - 0:02

_ Tu dois vaincre, Hynaokk. Tu dois vaincre !
Le monstre repoussait les assauts des golems. Sous ses poings, les têtes éclataient, les poitrines se perforaient. Des cadavres de terre séchée gisaient sur le sol.
Hynaokk saisit deux créatures à la gorge et les écrasa l'une contre l'autre. Bassins, têtes, jambes et bras dégringolèrent des corps pulvérisés. D'un coup de pied, il perça le ventre d'un golem. Alors que l'être sans âme fut projeté, il en saisit un autre par les épaules et le déchira comme un vulgaire parchemin.
Un golem encercla sa poitrine et tenta de le briser. Il arracha les bras de terre, puis se retourna et arracha la tête d'une puissante gifle. Le corps décapité s'effondra.

Hynaokk tourna sur lui-même et rugit. Plus aucun adversaire ne vivait. Sa force avait eu raison de cette petite armée.
_ Remarquable, félicita l'homme à la face d'ombre. Tu peux te reposer dans tes appartements.
Son monstre s'inclina devant lui, puis se retira.

Sheïggarth contempla le carnage en riant. Il avait créé cette armée de golems afin de mettre son esclave à l'épreuve, et quelques minutes avaient suffi pour la réduire à néant.
Son corps et sa robe palpitèrent. D'étranges vrombissements en émanèrent. Il se mua en un gigantesque essaim de mouches noires qui vola vers la fenêtre de sa chambre. A son approche, les deux battants s'ouvrirent, puis se refermèrent lorsque le dernier insecte rentra. Les mouches se rassemblèrent en une vague silhouette humaine grouillante, puis l'ombre palpitante se précisa, redevint peu à peu le corps de Sheïggarth, tourné face à un oeuf de cristal aussi haut que lui.
Il pensa à Harkz. Aussitôt, des couleurs grisâtres irisèrent l'oeuf. Vinrent des brumes de poussière, puis de vagues ombres, enfin l'image d'un squelette putride. Ses coudes et ses genoux étaient cloués au sol.
Cet imbécile de troll avait parlé sous la torture. Mais son verrou psychique l'avait réduit au silence pour toujours.
Localiser Suniko Wong-Haï lui était impossible : elle n'avait pas été soumise au sortilège de l'Oeil de Cristal.

Une adversaire qui ignorait tout de lui, un esclave bientôt prêt pour le combat... Ses plans pouvaient être mis à exécution. Il lui fallait à présent semer la panique dans la Guilde des Mages.

21 juillet 2007 : correction de problèmes de style et clarifications de certaines phrases.
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MessageSujet: Re: Shuriken   Dim 22 Juil - 1:08

_ Réalisez-vous l'ampleur du désastre ? demanda l'empereur Demetrios IV, consterné.
Dans la salle du trône, agenouillés sur le marbre blanc, le capitaine Jehan de Brécours et ses trois mousquetaires, honteux, vêtus de leur caleçon et de leur maillot, venaient d'exposer à leur souverain le lamentable piège dans lequel ils étaient tombés. Leur aérosse volait vers le port lorsqu'un onguent de léthargie se répandit dans l'habitacle. Ils s'étaient réveillés dans une ruelle, dépouillés de leurs uniformes et de leurs armes. Jehan devinait la suite : les malandrins, déguisés en mousquetaires, avaient enlevé Suniko Wong-Haï.
Silencieux, Demetrios IV, le Chancelier de la Confédération des Territoires Elfiques Herritt van Kleimz et l'enquêteur elfe Gutzmyll Shern écoutaient le rapport.
_ Sire, je prie Votre Majesté de croire que je partage son désarroi, s'excusa le capitaine mousquetaire.
_ Je ne vous reproche rien. Il est évident que nous avons tous été trahis. J'exige que soit ouverte une enquête à ce sujet !
_ En ce cas, Sire, intervint Gutzmyll Shern, il est de mon devoir de soulever deux questions troublantes qui, je le crains fort, ont la même réponse.
_ Voudriez-vous en venir au fait ?
_ Bien entendu. Qui a pu introduire dans l'aérosse un mécanisme capable de répandre un onguent de léthargie ? Et le cocher ?
Demetrios sursauta, blême.
_ A-t-il reparu ?
Will Korras dirigeait des aérosses impériaux depuis plus de vingt ans.
Ce ne peut être vrai !
Non content d'être un remarquable cocher, il était également un père de famille exceptionnel, ainsi que pouvaient en témoigner ses brillants enfants.
_ Cette accusation est fort grave !
Et pourtant, l'enquêteur elfe disait vrai.
Mais que s'était-il donc passé ?
_ Sire, il est de mon devoir de rappeler à votre Majesté ce qui peut corrompre un individu.
_ Balivernes ! Will Korras est un homme honnête ! s'écria l'empereur sans conviction.
_ L'argent n'est pas seul corrupteur, Sire. Il existe de nombreux sortilèges d'hypnose, plus ou moins puissants, capables de pousser les plus fidèles amis aux trahisons les plus abjectes. Mais si cette hypothèse est vraie concernant ce Will Korras, cela veut dire que...
Shern semblait ne pas oser finir sa phrase.
_ Je vous en prie, Maître Shern, parlez ! ordonna le Chancelier van Kleimz.
_ Eh bien, cela veut dire que nous avons affaire à un mage.

Edit : Introduction de nouveaux personnages, notamment l'enquêteur elfe qui assistera Suniko.
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MessageSujet: Re: Shuriken   Lun 3 Sep - 23:56

Les aérosses survolaient l'avenue de la Reine Louina, y atterrissaient, en redécollaient. Une immense foule, le pas nonchalant ou rapide, se massait aux auberges, aux souks et aux habitations qui se partageaient les murs roses de la large voie. Nobles en chaises à porteurs et modestes marcheurs se mêlaient, s'écartaient, se resserraient... On acclamait les cracheurs de feu, on riait aux pantomimes, on écoutait les musiciens. On vendait et achetait toutes sortes d'esclaves.
_ Voyez ces gobelins ! Admirez ce pelage ! Et voyez cette force !
_ Danseuses du désert de Warkländ ! Sensuelles comme le vent chaud de leur pays !
Au loin se dressait le Palais Impérial, ses hauts dômes dorés se dressaient fièrement vers le ciel.
Suniko parcourait l'avenue sous les regards médusés des passants. Sa robe déchirée, maculée de sang, ses bas en lambeaux et ses souliers sales n'avaient plus la moindre élégance.
Indifférente à l'étonnement qu'elle déclenchait sur son passage, elle réfléchissait. Infliger un verrou psychique n'était pas une mince affaire. Seul un mage en était capable.
Elle se rappela l'ordre de mission : Demetrios IV au Dojo de la Shuriken d'Opale, salutations distinguées. Nous venons d'être informés de l'évasion d'un très dangereux prisonnier. Nous avons le besoin urgent d'un ninja afin de retrouver cet individu. Vous choisirez donc un élément pour cette mission. Cet élément est prié de se rendre sans tarder au Palais Impérial où des informations plus précises lui seront données.
Aucun doute ne semblait permis : le traquenard auquel elle avait échappé et l'évasion de ce très dangereux prisonnier étaient liés. Et un mage était derrière toute l'affaire.
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MessageSujet: Re: Shuriken   Mer 12 Sep - 23:01

Cette histoire a subi des retouches, la plus importante étant une interversion d'épisodes pour des raisons de rythme.
La nouvelle version est lisible à cette adresse, ainsi que la suite lorsqu'elle sera postée.
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MessageSujet: Re: Shuriken   

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