Leiko

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 Baudelaire

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deadmocratie
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MessageSujet: Baudelaire   Jeu 7 Juin - 1:51

AU LECTEUR








La sottise, L'erreur, le péché, la lésine , Occupent nos esprits et
travaillent nos corps, Et nous alimentons nos aimables remords, Comme
les mendiants nourrissent leur vermine



Nos péchés sont tetus, Nos repentirs sont laches ; Nous nous faisons
payer grassement nos aveux, et nous rentrons gaiement dans le chemin
bourbeux,Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches .



Sur l'oreiller du mal c'est satan trismégiste Qui berce longuement
notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout
vaporisé par ce savant chimiste.



C'est le diable qui tient les fils qui nous remuent! Au objets
répugnants nous trouvons des appas, Chaque jour vers l'Enfer nous
descendons d'un pas, Sans horreur,a travers des ténèbres qui puent.



Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange Le seins martyrisé d'une
antique catin,Nous volons au passage un plaisir clandestin Que nous
pressins bien fort comme une vieille orange.



Serré, fourmillant,comme un million d'helminthes, Dans nos cerveaux
ribote un peuple de Démons, Et, quand nous respirons,la mort dans nos
poumons Descend ,fleuve invisible,avec de sourde plaintes.



Si viol, le poison , le poignard , l'incendie, N'ont pas encor brodé de
leurs plaisants dessins Le canevas banal de nos piteux destins,

C'est que notre âme, hélas! n'est pas assez hardie.



Mais parmi les chacals, les panthères , les lices , Les singes, les
scorpions, les vautours, les serpents,Les monstres glapissants,
hurlants, grognants , rampants ,

Dans la ménagerie infâme de nos vice,



Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !

Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris, Il ferait
volontiers de la terre un débris Et dans un bâillement avalerait le
monde ;



C'est l'Ennui ! .....l'oeil chargé d'un pleur involontaire, Il rêve d'échafauds en fumant son houka .

Tu le connais , lecteur, ce monstre délicat,...... Hypocrite lecteur,.....mon semblable,...mon frère!





[charles Baudelaire "extrais des fleure du mal" 1861]
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MessageSujet: Re: Baudelaire   Jeu 7 Juin - 1:53

Danse macabre



Fière, autant qu'un vivant, de sa noble stature,

Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants,

Elle a la nonchalance et la désinvolture

D'une coquette maigre aux airs extravagants.



Vit-on jamais au bal une taille plus mince ?

Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,

S'écroule abondamment sur un pied sec que pince

Un soulier pomponné, joli comme une fleur.



La ruche qui se joue au bord des clavicules,

Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,

Défend pudiquement des lazzi ridicules

Les funèbres appas qu'elle tient à cacher.



Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,

Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,

Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.

O charme d'un néant follement attifé.



Aucuns t'appelleront une caricature,

Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,

L'élégance sans nom de l'humaine armature.

Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !



Viens-tu troubler avec ta puissante grimace,

La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,

Eperonnant encore ta vivante carcasse,

Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?



Au chant des violons, aux flammes des bougies,

Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,

Et viens-tu demander au torrent des orgies

De rafraîchir l'enfer allumé dans ton coeur ?



Inépuisable puits de sottise et de fautes !

De l'antique douleur éternel alambic !

A travers le treillis recourbé de tes côtes

Je vois, errant encor, l'insatiable aspic.



Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie

Ne trouve pas un prix digne de ses efforts ;

Qui, de ces coeurs mortels, entend la raillerie ?

Les charmes de l'horreur n'enivrent que les forts !



Le gouffre de tes yeux, plein d'horribles pensées,

Exhale le vertige, et les danseurs prudents

Ne contempleront pas sans d'amères nausées

Le sourire éternel de tes trente-deux dents.



Pourtant, qui n'a serré dans ses bras un squelette,

Et qui ne s'est nourri des choses du tombeau ?

Qu'importe le parfum, l'habit ou la toilette ?

Qui fait le dégoûté montre qu'il se croit beau.



Bayadère sans nez, irrésistible gouge,

Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués :

« Fiers mignons malgré l'art des poudres et du rouge,

Vous sentez tous la mort ! O squelettes musqués,



Antinoüs flétris, dandys à face glabre,

Cadavres vernissés, lovelaces chenus,

Le branle universel de la danse macabre

Vous entraîne en des lieux qui ne sont pas connus !



Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,

Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir

Dans un trou du plafond la trompette de l'Ange,

Sinistrement béante ainsi qu'un tromblon noir.



En tout climat, sous tout soleil, la Mort t'admire

En tes contorsions, risible Humanité,

Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,

Mêle son ironie à ton insanité ! »



Charles Baudelaire
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