Leiko

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 Les Chants de Maldoror

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deadmocratie
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MessageSujet: Les Chants de Maldoror   Mer 6 Juin - 4:43

LES CHANTS DE MALDOROR

CHANT PREMIER



Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu
momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se
désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les
marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison;
car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique
rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins à sa
défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont
son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le
monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls
savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme
timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes
inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant.
Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière
et non en avant, comme les yeux d'un fils qui se détourne
respectueusement de la contemplation auguste de la face
maternelle; ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de
grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l'hiver,
vole puissamment à travers le silence, toutes voiles
tendues, vers un point déterminé de l'horizon, d'où tout à
coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête.
La grue la plus vieille et qui forme à elle seule
l'avant-garde, voyant cela, branle la tête comme une
personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu'elle
fait claquer, et n'est pas contente (moi, non plus, je ne le
serais pas à sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de
plumes et contemporain de trois générations de grues, se
remue en ondulations irritées qui présagent l'orage qui
s'approche de plus en plus. Après avoir de sang-froid
regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui
renferment l'expérience, prudemment, la première (car,
c'est elle qui a le privilége de montrer les plumes de sa
queue aux autres grues inférieures en intelligence), avec
son cri vigilant de mélancolique sentinelle, pour repousser
l'ennemi commun, elle vire avec flexibilité la pointe de
la figure géométrique (c'est peut-être un triangle, mais on
ne voit pas le troisième côté que forment dans l'espace ces
curieux oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord,
comme un habile capitaine; et, manoeuvrant avec des ailes
qui ne paraissent pas plus grandes que celles d'un moineau,
parce qu'elle n'est pas bête, elle prend ainsi un autre
chemin philosophique et plus sûr.


Lecteur, c'est peut-être la haine que tu veux que
j'invoque dans le commencement de cet ouvrage! Qui te dit
que tu n'en renifleras pas, baigné dans d'innombrables
voluptés, tant que tu voudras, avec tes narines
orgueilleuses, larges et maigres, en te renversant de
ventre, pareil à un requin, dans l'air beau et noir, comme
si tu comprenais l'importance de cet acte et l'importance
non moindre de ton appétit légitime, lentement et
majestueusement, les rouges émanations? Je t'assure, elles
réjouiront les deux trous informes de ton museau hideux, ô
monstre, si toutefois tu t'appliques auparavant à respirer
trois mille fois de suite la conscience maudite de
l'Éternel! Tes narines, qui seront démesurément dilatées de
contentement ineffable, d'extase immobile, ne demanderont
pas quelque chose de meilleur à l'espace, devenu embaumé
comme de parfums et d'encens; car, elles seront rassasiées
d'un bonheur complet, comme les anges qui habitent dans la
magnificence et la paix des agréables cieux.


J'établirai dans quelques lignes comment Maldoror fut
bon pendant ses premières années, où il vécut heureux; c'est
fait. Il s'aperçut ensuite qu'il était né méchant: fatalité
extraordinaire! Il cacha son caractère tant qu'il put,
pendant un grand nombre d'années; mais, à la fin, à cause de
cette concentration qui ne lui était pas naturelle, chaque
jour le sang lui montait à la tête; jusqu'à ce que, ne
pouvant plus supporter une pareille vie, il se jeta
résolûment dans la carrière du mal... atmosphère douce! Qui
l'aurait dit! lorsqu'il embrassait un petit enfant, au
visage rose, il aurait voulu lui enlever ses joues avec un
rasoir, et il l'aurait fait très-souvent, si Justice, avec
son long cortége de châtiments, ne l'en eût chaque fois
empêché. Il n'était pas menteur, il avouait la vérité et
disait qu'il était cruel. Humains, avez-vous entendu? il ose
le redire avec cette plume qui tremble! Ainsi donc, il est
une puissance plus forte que la volonté... Malédiction! La
pierre voudrait se soustraire aux lois de la pesanteur?
Impossible. Impossible, si le mal voulait s'allier avec le
bien. C'est ce que je disais plus haut.


Il y en a qui écrivent pour rechercher les
applaudissements humains, au moyen de nobles qualités du
coeur que l'imagination invente ou qu'ils peuvent avoir.
Moi, je fais servir mon génie à peindre les délices de la
cruauté! Délices non passagères, artificielles; mais, qui
ont commencé avec l'homme, finiront avec lui. Le génie ne
peut-il pas s'allier avec la cruauté dans les résolutions
secrètes de la Providence? ou, parce qu'on est cruel, ne
peut-on pas avoir du génie? On en verra la preuve dans mes
paroles; il ne tient qu'à vous de m'écouter, si vous le
voulez bien... Pardon, il me semblait que mes cheveux
s'étaient dressés sur ma tête; mais, ce n'est rien, car,
avec ma main, je suis parvenu facilement à les remettre dans
leur première position. Celui qui chante ne prétend pas que
ses cavatines soient une chose inconnue; au contraire, il se
loue de ce que les pensées hautaines et méchantes de son
héros soient dans tous les hommes.


J'ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul,
les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et
nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par
tous les moyens. Ils appellent les motifs de leurs actions: la
gloire. En voyant ces spectacles, j'ai voulu rire comme les
autres; mais, cela, étrange imitation, était impossible. J'ai
pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis
fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. Un
instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir
cette bouche meurtrie par ma propre volonté! C'était une
erreur! Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures
empêchait d'ailleurs de distinguer si c'était là vraiment le
rire des autres. Mais, après quelques instants de comparaison,
je vis bien que mon rire ne ressemblait pas à celui des
humains, c'est-à-dire que je ne riais pas. J'ai vu les
hommes, à la tête laide et aux yeux terribles enfoncés dans
l'orbite obscur, surpasser la dureté du roc, la rigidité de
l'acier fondu, la cruauté du requin, l'insolence de la
jeunesse, la fureur insensée des criminels, les trahisons de
l'hypocrite, les comédiens les plus extraordinaires, la
puissance de caractère des prêtres, et les êtres les plus
cachés au dehors, les plus froids des mondes et du ciel; lasser
les moralistes à découvrir leur coeur, et faire retomber sur
eux la colère implacable d'en haut. Je les ai vus tous à la
fois, tantôt, le poing le plus robuste dirigé vers le ciel,
comme celui d'un enfant déjà pervers contre sa mère,
probablement excités par quelque esprit de l'enfer, les yeux
chargés d'un remords cuisant en même temps que haineux, dans un
silence glacial, n'oser émettre les méditations vastes et
ingrates que recélait leur sein, tant elles étaient pleines
d'injustice et d'horreur, et attrister de compassion le Dieu de
miséricorde; tantôt, à chaque moment du jour, depuis le
commencement de l'enfance jusqu'à la fin de la vieillesse, en
répandant des anathèmes incroyables, qui n'avaient pas le sens
commun, contre tout ce qui respire, contre eux-mêmes et contre
la Providence, prostituer les femmes et les enfants, et
déshonorer ainsi les parties du corps consacrées à la pudeur.
Alors, les mers soulèvent leurs eaux, engloutissent dans leurs
abîmes les planches; les ouragans, les tremblements de terre
renversent les maisons; la peste, les maladies diverses
déciment les familles priantes. Mais, les hommes ne s'en
aperçoivent pas. Je les ai vus aussi rougissant, pâlissant de
honte pour leur conduite sur cette terre; rarement. Tempêtes,
soeurs des ouragans; firmament bleuâtre, dont je n'admets pas
la beauté; mer hypocrite, image de mon coeur; terre, au sein
mystérieux; habitants des sphères; univers entier; Dieu, qui
l'as créé avec magnificence, c'est toi que j'invoque:
montre-moi un homme qui soit bon!... Mais, que ta grâce
décuple mes forces naturelles; car, au spectacle de ce monstre,
je puis mourir d'étonnement: on meurt à moins.
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deadmocratie
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MessageSujet: Re: Les Chants de Maldoror   Mer 6 Juin - 4:45

bon je poste pas tout beaucoup trop long ^^ c'est de lautréamont

pour la suite ici http://www.maldoror.org/chants/index.html Very Happy
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TITOU1818
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MessageSujet: Re: Les Chants de Maldoror   Mer 6 Juin - 12:26

merci j'irais certainement voir la suit mais il faut avouer que c'est tres special

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sophie alias TITOU1818
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